Mensonge
de la FAO : le coton génétiquement modifié BT ne bénéficie pas aux
agriculteurs.
Communiqué de la Coalition de la Société
du Deccan (Andhra Pradesh) pour la défense de la biodiversité (The
Deccan Development Society, Andhra Pradesh (AP) Coalition in Defence of
Diversity) et de GRAIN.
GRAIN,
16 juin 2004
De nouvelles études contredisent le rapport de la FAO
et montrent que le coton génétiquement modifié BT ne bénéficie pas aux
agriculteurs.
Le 17 mai, la FAO a
publié un rapport, « Les biotechnologies agricoles : une réponse aux
besoins des plus démunis ? » présentant une image positive des cultures
génétiquement modifiées et recommandant que davantage de ressources
soient engagées dans le développement des technologies du génie
génétique pour les pays en développement. La partie centrale de ce
rapport est l’analyse des expériences des agriculteurs avec le coton Bt
dans le monde. La FAO déclare que « les agriculteurs les
plus démunis des pays en développement peuvent tirer des avantages
significatifs de l’adoption des cultures transgéniques en termes de
récoltes plus élevées et d’un rendement plus stable, de coûts en
pesticides plus bas et une réduction des risques sanitaires dus à
l’exposition aux pesticides chimiques. » Mais la FAO ignore ce qui
se passe réellement sur le terrain, car le coton Bt a échoué à apporter
des avantages aux petits agriculteurs dans le monde. Aujourd’hui deux
nouvelles études sur le coton Bt en Inde et en Afrique de l’Ouest
réalisées par la Coalition de la Société du Deccan (Andhra Pradesh) pour
la défense de la biodiversité et GRAIN apportent des preuves
supplémentaires de l’échec du coton Bt dans les champs et de l’échec de
la FAO à défendre les intérêts des petits agriculteurs. Elles arrivent
au moment où le Directeur général de la FAO reçoit une lettre signée par
plus de 1500 organisations et individus exprimant leur indignation et
leur désaccord vis-à-vis du rapport de la FAO.
Le rapport de la
Coalition d’Andhra Pradesh, intitulé « Le coton BT
a-t-il encore échoué en Andhra Pradesh en 2003-2004 ? » a étudié les
cas de 164 petits agriculteurs de trois districts d’Andhra Pradesh
pendant la saison 2003-2004. Il établit que le coton BT réduisait le
recours aux pesticides et augmentait les rendements de manière
insignifiante, dans l’ensemble, les profits des agriculteurs cultivant
du coton BT ayant baissé de 9%. Cela contredit directement les données
tirées d’une étude menée par AC Nielsen pour Monsanto, qui déclare que
les profits des agriculteurs avaient augmenté de 92%, et cela montre
combien les données fournies par l’industrie ne sont pas fiables.
L’enquête de Monsanto, menée par une agence de marketing, est entrée en
contact avec les agriculteurs par l’intermédiaire de questionnaires
distribués juste après leur période de culture. Étant donné que la
grande majorité des agriculteurs indiens ne gardent pas les comptes de
ce qu’ils ont dépensé pour leurs cultures, une étude basée sur un unique
questionnaire comme celui-ci peut toujours être trompeuse. L’étude de la
Coalition de l’Andhra Pradesh, au contraire, s’est effectuée en continu
avec les agriculteurs, en les rencontrant tous les 15 jours et en
restant toujours proche des réalités de la situation.
Il est par
conséquent inquiétant que le rapport de la FAO établisse son portrait
enthousiaste du coton BT en Inde exclusivement sur des données
collectées par Monsanto durant la période de ses essais en champs en
2001. Le rapport ignore tout simplement les nombreuses études
officielles et indépendantes qui ont eu lieu ultérieurement sur les
expériences des agriculteurs avec le coton BT et qui démontrent de
manière écrasante l’échec du coton BT en Inde.
L’évaluation de la
FAO sur le coton BT est jalonnée de ce genre d’informations sélectives.
L’aperçu qu’elle donne des expériences des agriculteurs avec le coton BT
en Afrique du Sud est basé sur une enquête unique de la zone des Makhatini Flats menée par des chercheurs de l’Université Reading
(Royaume Uni), qui repose sur des données recueillies dans les fermes
par l’entreprise Vunisa Cotton, le seul distributeur de coton et
fournisseur d’intrants pour le coton de la région. Aucune mention n’est
faite des problèmes liés à la sécheresse qui ont accablé les
cultivateurs de coton dans la région ces trois dernières années et qui
ont entraîné de sérieux problèmes d’endettement pour les petits
cultivateurs de coton BT. Selon l’étude menée par l’ONG South African
NGO Biowatch, le problème de l’endettement est tellement grave que
Vunisa Cotton et la Landbalk (la compagnie finançant le coton BT) se
sont retirés du projet sur le coton BT parce que les agriculteurs ne
pouvaient pas rembourser leurs dettes. Le rapport de la FAO omet aussi
de mentionner l’introduction désastreuse du coton BT en Indonésie, où
les agriculteurs en colère par l’échec du coton BT a répondre à ses
promesses, ont obligé Monsanto à retirer rapidement le coton BT du
marché. Pendant les deux années où il a été cultivé en Indonésie, le
coton BT a augmenté le recours aux pesticides et a plongé les
agriculteurs dans la spirale de l’endettement.
Là où la FAO touche
le fond, dans sa façon de considérer le coton BT, c’est quand elle
suggère que les agriculteurs de l’Afrique de l’Ouest perdront des
centaines de millions de dollars de profits potentiels si ils n’adoptent
pas le coton BT. Cette suggestion est basée sur une étude unique qui se
sert d’un prix artificiellement bas pour les semences de coton BT (au
moins quatre fois moins que ce qu’il devrait être) et du même genre de
données réduites que celles utilisées dans le rapport de la FAO. Le
nouveau rapport de GRAIN sur l’éventuelle introduction du coton BT en
Afrique de l’Ouest présente une image totalement différente.
Le rapport de GRAIN,
intitulé « Le coton génétiquement modifié prêt à envahir
l’Afrique de l’Ouest : il est temps d’agir ! » établit que le coton
BT ne réduira pas le recours aux pesticides de manière significative ni
n’apportera d’avantages économiques aux agriculteurs de la région.
Les
cultivateurs locaux de coton, les scientifiques et les ONG consultés
pour l’étude disent qu’il serait bien plus efficace pour les
institutions publiques de se préoccuper de soutenir les programmes de
réduction des pesticides qui ont déjà prouvé leur efficacité et qui ne
dépendent pas des technologies étrangères. Curieusement, le rapport de
la FAO passe sous silence ces programmes de la Farmer Field School sur
le coton, projets financés actuellement par la FAO en Afrique de
l’Ouest. Les derniers résultats du Programme intégré de production et de
gestion des maladies au Mali montre que, en utilisant les ressources et
les savoirs locaux, les cultivateurs de coton étaient capables de
réduire l’usage des pesticides de 70%, tout en augmentant leurs
rendements de 25% et leurs revenus de 49%. Sans avoir recours à aucune
technologie étrangère coûteuse !
GRAIN a développé un site web sur le
coton BT qui donne une image plus équilibrée des expériences des
agriculteurs. (
www.grain.org/research/btcotton.cfm)
Les deux rapports, celui de la Coalition
d’Andhra Pradesh et celui de GRAIN, sont disponibles sur ce site. Le
rapport de la Coalition de l’AP est aussi disponible sur le site de la
Société de développement du Deccan (www.ddsindia.com).
Le site de GRAIN offre aussi un ensemble
de ressources sur le coton BT, dont quelques-unes sont énumérées
ci-dessous.
Ceux qui cherchent à exprimer leur
mécontentement concernant le rapport de la FAO peuvent toujours signer
la lettre ouverte au Directeur Général de la FAO, soutenue par GRAIN et
plus de 1500 organisations et individus, disponible sur le site de GRAIN
(www.grain.org).
Pour aller plus loin :
GRAIN "Le coton Bt à la porte de
l’Afrique de l’Ouest !", juin 11, 2004 :
www.grain.org/briefings/ ?id=185
La FAO déclare la guerre aux Paysans et
non à la Faim, New from GRAIN, mai 28 2004 :
www.grain.org/nfg/ ?id=183
FAO, « La situation mondiale de
l’alimentation et de l’agriculture 2003-2004. Les Biotechnologies
Agricoles : Une réponse aux besoins des plus démunis ? », mai 2004 :
www.fao.org/docrep/006/y5160f/y5160f00.htm
Résultats pour l’année 2003-2004 du
Programme GIPD - Mali (FAO) Les 375 cultivateurs de coton ayant
participé à ce Programme intégré de production et de gestion des
maladies ont réduit le recours aux pesticides de 68% tout en augmentant
leurs rendements et leurs revenus.
www.grain.org/research/btcotton.cfm ?links
Plusieurs documents sont disponibles sur
le site de GRAIN consacré au coton Bt (en anglais) (
www.grain.org/research/btcotton.cfm)
Lire
aussi :
OGM : lettre d’un biologiste, par Olivier Caiveau.
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